La méditation, au juste, c’est quoi ? La question peut paraitre déroutante, a fortiori lorsqu’elle est posée sur un site consacré à la méditation. Elle vaut néanmoins le coup qu’on se la pose. Plus précisément, il est légitime de se demander si notre pratique correspond vraiment à ce qui se cache derrière ce vocable aussi vaste que confus : méditation. A moins que nous n’imitions simplement les maitres et experts auxquels nous donnons la responsabilité de nous faire méditer et de le savoir à notre place ?

Un article paru dans Madame Figaro, le 24 octobre 2017, reprenant les propos du philosophe Fabrice Midal titrait « Méditer, ce n’est pas faire le vide dans sa tête ou être calme ». Si je comprends bien les propos qui nous sont rapportés, méditer ce serait « s’arrêter pour écouter », ce serait aussi « laisser les choses nous lâcher, en entrant en rapport avec notre corps ». Dans l’ensemble, je crois qu’il est bon de rappeler que la méditation n’a pas vocation à remplacer quelconque anxiolytique. La pratique n’est pas un sédatif nouvelle génération qui éviterait les effets secondaires des substances qui sont vendues en pharmacie, afin de vous tranquilliser.  En ce sens, je ne peux que souscrire aux propos du philosophe.

Il est aussi fréquent de qualifier la méditation – ainsi que d’autres pratiques contemplatives comparables – en ayant recours au champ lexical du voyage ou de la quête.

La méditation serait donc une quête, au moins au début. Méditer c’est entre autres choses, changer la direction du regard. Ce faisant, la conscience porte aussi sur l’intérieur. On découvre ou redécouvre alors l’existence de ce corps qui nous porte et qui s’exprime, parfois, sans qu’on ne l’entende. On découvre sous un regard neuf les émotions qui nous traversent. On découvre aussi bien des choses vis-à-vis de nos pensées ce qui nous conduit le plus souvent à « relativiser » l’importance de ces dernières.

Personnellement, je crois que si le vocabulaire associé à la recherche et au voyage est si usuel en la matière, c’est parce qu’en trame de fond se cache une idée : celle de la recherche d’un Soi ou de soi. Le méditant serait à la recherche de quelque chose qui le dépasse, lassé des plaisirs matériels et du désordre qui caractérise son existence. La recherche de cette transcendance fait partie des motivations souvent évoquées lorsqu’il est question de spiritualité.

La recherche de soi renvoie à mon sens à une époque plus contemporaine paradoxalement marquée par un individualisme forcené et par une identité fragile et morcelée. Les amateurs de littérature pourront arguer qu’il n’en est rien et que René a plus de 200 ans aujourd’hui… Certes, mais le vague à l’âme de René, à mon sens, caractérise très adroitement l’époque qui est la nôtre.  Sa quête instinctive d’un Infini, sa soif d’un horizon sans borne ne sont pas sans rappeler les lointains voyages qu’affectionnent les jeunes gens de la génération à laquelle j’appartiens.

La quête, cependant, est bien fructueuse. J’entends, par-là que rares sont les méditant qui parviennent à satisfaire ce désir. Et comme s’écriait René, le méditant finira souvent par se résigner et par penser : « Il me manquait quelque chose pour remplir l’abîme de mon existence : je descendais dans la vallée, je m’élevais sur la montagne, appelant de toute la force de mes désirs l’idéal objet d’une flamme future ».

C’est à ce moment-là que la quête se transforme en enquête. De quoi parlons-nous au juste ? Toujours du moi. Il s’agit d’une enquête quant aux différentes activités du moi ainsi que le suggère Krishnamurti dans ses nombreuses causeries. C’est-à-dire, à toutes les idées, les concepts, expériences et souvenirs auxquels il nous est agréable de nous identifier. Mener cette enquête, pour reprendre les mots de cet homme remarquable, c’est tenter « de mettre fin au conflit ». Car tant que le moi subsiste, subsiste également la frontière entre le spectacle et celui qui le contemple, entre le penseur et la pensée, entre « l’observateur et l’observé ». L’action née de ce silence, c’est cela la véritable méditation, selon cet homme dont les causeries et la pensée n’ont pas fini de défier le temps. En d’autres termes, il ne s’agit point de se calmer ou de calmer ses pensées. Il ne s’agit non pas de « se découvrir » mais plutôt de découvrir ce que nous ne sommes pas. Tout cela est fort intellectualisé, j’en conviens, et à ce titre si peu précieux.

Méditer à mes yeux peut consister en la création de cet espace de contact et d’attention, libre et ouvert, comme le suggère Fabrice Midal. Cela suppose une attention sans cesse renouvelée. Peu importe que vous soyez à la recherche d’un Soi ou de vous-même, ce qui compte c’est que vous le fassiez sincèrement et que vous restiez ouverts sur le chemin.
Ainsi, cet espace ouvert, cette capacité d’attention aiguisée seront autant de facteurs qui vous permettront de découvrir et de réaliser ce que vous aurez décidé.