La méditation : une nouvelle prison ?

La méditation : une nouvelle prison ?

La méditation est clairement tendance. Il est, à mon avis, possible de parler phénomène de mode sans exagérer. Chacun rêve de s’y essayer, pour diverses raisons. Les sites et les applications censés vous dire comment faire fleurissent comme les pâquerettes au printemps. Café Conscient est un exemple de plus qui s’ajoute à la liste, déjà longue désormais. La méditation est en fait une pratique plurimillénaire. On retrouve la trace de pratiques contemplatives analogues aussi bien en occident – chez les stoïciens notamment – qu’en orient. Ce qui me semble particulièrement remarquable c’est d’une part l’appropriation de cette pratique – aux visages pluriels – par un public qui jusqu’alors la rejetait. D’autre part, force est de constater que ces nouveaux publics ont participé à la vulgarisation de la méditation et ont également concouru à sa transformation.

Il faut donc prendre la nouvelle avec attention et examiner cela d’un point de vue critique et constructif. Évidemment, la propagation de pratiques telles que la méditation est une bonne chose. Peu de pratiquants oseront dire le contraire ; si c’était le cas, je serais bien curieux de comprendre pourquoi.

Cependant, la vulgarisation de la pratique ne fut possible qu’au prix d’un divorce. La méditation était adossée pour l’essentiel à des écoles spirituelles, des religions. Le mot est certes tabou, éventuellement polémique, dans le monde occidental en 2019, mais c’est pourtant la vérité historique. 

Cela a permis progressivement de diffuser ces pratiques contemplatives par exemple dans le monde médical grâce à Jon Kabat-Zinn via ses cliniques de réduction du stress et ses livres. Plus généralement, ce sont les populations athées et ou laïques qui se sont appropriées l’outil méditatif. Ainsi, il est désormais possible de se payer des cours de méditation, de télécharger des applications qui vous disent comment faire. Tout cela participe de la commercialisation de la méditation.

Est-ce une bonne chose ? Est-ce condamnable ? Je ne suis personne pour le dire. Je crois néanmoins qu’il existe un point de vue médian qui permet de reconnaitre que le monde d’aujourd’hui possède ses spécificités et partant que la question du rapport à l’argent peut être envisagé de façon nouvelle. Cependant, je pense qu’il faut bien examiner, au cas par cas, les sommes qui sont demandées et leur utilisation afin de comprendre le but et le dessin des organisations qui vous les demandent. Cela vous permettra d’apprécier la sincérité et dans une certaine mesure la qualité des enseignements qui vous sont proposés. 

Plus fondamentalement, il est possible de constater que le monde du développement personnel s’est emparé de la méditation. Les entreprises prisent la pratique car les salariés sont démotivés et en mauvaise santé ; cette dernière étant souvent considérée comme un outil de management sinon un remède miracle. Certains enseignants y voient la possibilité de « gérer » des classes trop dissipées. Et de nombreux anonymes la possibilité « d’augmenter leur niveau de conscience »
ou de doper les progrès qu’ils font dans d’autres domaines.

Le risque majeur associé à une telle vision de la pratique est de la rendre inutile sinon dangereuse. A essayer de réussir la méditation, on s’enferme. On accroit aussi le sentiment de posséder quelque chose, à un niveau subtil et psychologique. Vous pourriez avoir le sentiment que ce calme, par exemple, qui se produit parfois lors de la pratique vous appartient. Il n’y a rien de moins vrai toutefois. C’est précisément, selon différentes doctrines bouddhistes, une direction, ce
sentiment de possession, qui est engendre de la souffrance. Peu importe que la possession soit matérielle ou intellectuelle.

Pour s’en convaincre, on peut rappeler à ce titre Upādāniya Sutta – upādāniya: qui engendre l’attachement – « Le corps est un phénomène qui engendre l’attachement. Tout désir avide envers lui constitue l’attachement envers lui. Le mental est un phénomène qui engendre l’attachement. Tout désir avide envers lui constitue l’attachement
envers lui. »

 Et parce que le bouddhisme est un aussi humanisme, il prend pour fin la personne humaine et son épanouissement total. A ce titre je me garderais de prendre la méditation et d’en oublier ses racines.

Alors que faire ? Arrêter de méditer ? Certainement pas !!

Soyons conscients de nos buts et de notre rapport à la pratique méditative. Ne laissons pas cet espace, ce jardin que nous cultivons à l’abri d’un regard critique et éclairé. Ne laissons pas non plus cette responsabilité à d’autres, même si d’autres se proposent de l’assumer à notre place.

Citation extraite de la traduction disponible sur l’excellent http://www.buddha-vacana.org