Lorsqu’on médite, surtout au début, on se demande souvent quoi faire avec ses yeux. Puisqu’il s’agit de se poser, de laisser le «  bocal » redescendre en température, il semble naturel de tendre au fil de la pratique vers une sorte d’immobilité physique et intérieure. Nous ressentons un état particulier lorsque nous entrons en contact avec la réalité qui nous entoure. Ces points de contact s’établissent notamment via nos sens, dont le regard. Certains nous conseillent d’ailleurs de ne pas fermer les yeux. Cela semble difficile, surtout au début. Parfois, au bout de quelques minutes sans cligner, des larmes viennent s’écouler sur nos joues. Mais que penser de tout cela ? Ci-dessous, quelques questions que vous pourriez vous poser.

Faut-il réellement s’interdire de cligner des yeux ?

La douleur éventuellement ressentie doit elle m’alarmer ?

D’où viennent ces larmes ? Est-ce que tout cela est bien normal ?

D’abord, il convient de remarquer que nous associons larmes et fragilité dans notre société. Souvent synonyme de féminité et de faiblesse, elles peuvent pour certains être tabou et associées à de la gêne. Cette dernière expliquant la pudeur et les tentatives de refoulement ou de dissimulation des larmes. En réalité, les larmes n’ont jamais eu si mauvais réputation. Une étude brève du registre symbolique ou mythologique nous rappelle qu’elles sont associées à la purification, à la fécondité et à la libération et au Divin. En psychologie elles sont aussi associées à la libération de la souffrance, comme nous le rappelle Corinne Morel dans son ouvrage Dictionnaire des symboles, mythes et croyances. A chacun de faire son enquête et de se forger une opinion sur la question. Néanmoins, rappelons que de façon plutôt consensuelle, il ne semble pas bien raisonnable d’en avoir honte.

Christophe André nous rappelle également, dans un article de 2010 intitulé « Larmes et Larmes » sur son blog psychoactif que les larmes n’ont pas la même nature. Rappelant les propos d’une étudiante en psychologie en stage à Sainte-Anne ” Ce n’étaient pas les mêmes larmes. La première pleurait de douleur et de tristesse, la seconde d’impuissance et de colère.”, il nous invite à mon sens à mener l’enquête. Nous sommes, peut-être souvent enclins à trouver les réponses à nos questions auprès d’un expert, d’une source ou d’une autorité scientifique. A tout le moins auprès d’une autorité que nous reconnaissons. Cependant, je crois qu’en la matière vous ne trouverez pas de meilleure explication que l’introspection ne vous en offrira. Si les larmes purifient, qu’emportent-elles ?  A vous de le découvrir au creux de vous-même.

Trêve de littérature. Je souhaiterais vous partager mes réflexions en la matière. J’ai eu l’occasion de faire l’expérience de plusieurs sortes de larmes au cours de la pratique. Parfois au bout de quelques minutes les yeux ouverts, quelques larmes viennent perler sur mon visage. Parfois, ce furent des flots de larmes qui inondèrent mon visage. Il n’y a rien de commun entre ces deux expériences. Au cours de mes recherches sur la question j’ai pu lire que le premier type d’expérience se rattachaient à un processus de « détoxification », « d’évacuation des toxines ». La seconde expérience correspond à l’émergence d’émotions à la conscience. Lesdites émotions peuvent différer – joie, émerveillement à la tristesse – mais correspondent à l’évacuation de notre inconscient de ces dernières. En ce sens, je crois qu’il n’est pas vraiment utile de se préoccuper de ce phénomène. Un peu comme lorsque vous toussez, cela se produit. Vous savez que le phénomène se produit sans que vous ne le vouliez. Il n’y a rien de mal à cela. Au contraire. Je crois qu’il faut accueillir ces larmes qui, si on en croit la symbolique, sont le témoin d’une certaine ouverture du cœur ; de notre capacité à entrer en contact avec notre vulnérabilité. Il n’y a donc pas à s’alarmer ou à fermer les yeux. Il faut simplement laisser la réalité se produire.

Enfin pour décider s’il est absolument obligatoire de garder les yeux ouverts, j’aurais tendance à dire qu’il est nécessaire d’essayer en effet. Essayez et soyez attentif. Ensuite, vous déciderez quelle est la pratique qui vous sied le mieux. Personnellement, j’ai remarqué que le fait de soutenir le regard me permettait d’abolir une certaine distance entre le paysage et le siège de ma conscience. Le plus souvent je garde les yeux ouverts et tâche de poser mon regard là où je sais qu’il ne sera pas distrait excessivement. Le paysage peut être mouvant. Une fois la nuit tombée, j’aime particulièrement admirer les reflets de lumière qui dansent sur la Seine. Le spectacle est d’une richesse inestimable, je ne m’en lasse jamais. La vivacité des couleurs et des mouvements ; je suis là.

Lecteurs du café conscient, n’hésitez pas à partager vos points de vue sur la question.