Que peut-on espérer de la méditation en entreprise ?

La méditation est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Adeptes ou non, vous avez d’ailleurs probablement votre opinion sur cette pratique qui semble cristalliser des opinion et postures parfois passionnées. Tâchons ensemble de comprendre quel est l’enjeu pour nous autres, acteurs de l’entreprise du XXI ème siècle.

Aux origines de la pratiques

Cette pratique nous vient d’Orient, du bouddhisme tibétain plus précisément. Étymologiquement, elle provient du latin meditatio et renvoie aux notions de préparation, de réflexion et de concentration de la pensée. On retrouve évidemment des pratiques contemplatives équivalentes en occident, chez les stoïciens notamment. Toutefois, c’est bien de la rencontre, de la pensée orientale et occidentale au XXème siècle, avec des auteurs tels que Chogyam Trugmpa, Allan Watts ou Jon Kabat Zinn que la pratique de la pleine conscience voit le jour sous sa forme contemporaine. La médiation dont il est ici question est issue de l’appropriation par le monde occidental de ces pratiques séculaires et contemplatives.

Une promesse ambitieuse ? Un outil de gestion du stress ?

Elle serait un formidable outil de gestion du stress. On lui louerait d’innombrables vertus. Elle permettrait notamment accroître la résilience des individus face au stress, d’augmenter leur empathie mais aussi de les rendre plus efficaces. En effet, une capacité d’attention et de concentration meilleure verrait le jour en pratiquant quotidiennement la méditation. La liste des effets secondaires ne s’arrête pas là. La méditation aurait également un rôle très positif sur notre santé, nous explique la célèbre revue Harvard Business Review.

Plus efficaces, plus créatifs, moins stressés et en meilleure santé, peu ou prou ce sont les arguments de vente des livres de développement personnels à la mode. Après l’univers de la médecine avec la petite révolution provoquée par Jon Kabbat Zinn, c’est la sphère managériale qui s’empare de la méditation.

Le remède idéal pour managers et décideurs ?

La méditation serait considérée comme un formidable outil de transformation des organisations. Ces dernières étant en perpétuelle mutation, il n’est pas surprenant de constater que des entreprises telles que Google, Intel depuis 2008 ou encore SAP plus récemment – symboles des grands groupes dynamiques et innovants –  forment leurs employés à la méditation en pleine conscience. C’est ce que nous rappelle un article des Echos paru le 21 juin dernier et qui s’intitulait « Faut-il institutionnaliser la méditation en entreprise ? »

 Les écoles de management ne sont pas en reste, Tal Ben Shahar anime un cours de « psychologie positive » à Harvard depuis quinze ans. En France, c’est la Grenoble Ecole de Management qui a témoigné de son intérêt la première avec le lancement d’une chaire dédiée à la Mindfulness.

Toutefois, la pratique ne fait pas l’unanimité et les salariés dénoncent parfois les utilisations abusives et dérives associées à la pratique de la méditation.

La méditation n’est pas un remède miracle

Certains décideurs semblent n’appréhender la méditation qu’à travers ses conséquences c’est-à-dire l’ensemble des vertus abordées un peu plus tôt. Proposer des formations à la mindfulness et doubler les objectifs commerciaux de ses équipes n’est pas judicieux. Les employés déplorent parfois cette tendance de l’entreprise à vouloir utiliser la méditation pour faire « passer la pilule ».

Il est certain qu’à l’heure où la frontière entre vie privée et vie professionnelle s’étiole, où près d’un dirigeant sur cinq est se sent proche du burn-out et où une génération entière semble manifester un intérêt accru pour « les questions de sens » au cœur de la trajectoire professionnelle, la méditation a largement sa place au sein des organisations. Toutefois, c’est à son utilisation qu’il faut accorder une attention particulière. Elle doit absolument participer d’une vision managériale et du leadership plus globale.

Précisément, la méditation nous rappelle que les questions d’interdépendance sont au cœur de la vie de l’entreprise. Son succès témoigne aussi de la nécessité de rendre les relations plus humaines au sein des organisations, afin que ces dernières deviennent « un lieu de coopération harmonieux », comme le propose Mathieu Ricard.

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